• Les trois sources occidentales de la RSE (responsabilité sociétale de l'entreprise): DD, CSR, DSE

    Cet article a été publié initialement sur mon blog  Hyperion LBC_ les trois sources occidentales de la RSE

    Henri Bergson publiait en 1932 «Les deux sources de la morale et de la religion», où il opérait quelques distinctions restées célèbres, reprises depuis par d’autres penseurs : appel et obligation, société ouverte et société fermée, etc.

    Notre sujet n’est pas totalement déconnecté de ce monumental ouvrage, notamment via la morale, entre-temps rebaptisée «éthique». Quoi faire pour bien faire ? Morale (ou éthique) de responsabilité en l’occurrence, par opposition au conséquentialisme/utilitarisme ou à la déontologie/morale de conformité. Nous éviterons cependant de paraphraser l’auguste maître ; nous nous contenterons ici, par l’observation, de nous pencher sur ce qui apparaît bel et bien comme trois sources principales et nettement distinctes de la notion de «responsabilité sociétale de l’ entreprise» : le développement durable, l’éthique anglo-saxonne des affaires (business ethics) et, last but not least, la doctrine sociale de l’Eglise catholique. Les trois fleuves majestueux issus de ces sources se mélangent-ils vraiment à leur confluent, qui est l’entreprise ?

     

    Au fait : pourquoi «occidentales» dans le titre ? Parce que la RSE traite de la place et de l’influence de l’entreprise dans la société, et la vision japonaise ou indienne de l’entreprise ou de la société n’est pas la même que la vision occidentale, même si à tort ou à raison celle-ci a largement influencé le reste du monde. La RSE est avant tout un produit (ou un contre-poison) du capitalisme libéral financier.

               

    Wikipedia_commons : embouchure de l’Amazonie

     

    Qu’est-ce que la RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) ?

    Selon le Livre vert RSE de l’Union Européenne (2001 légèrement reformulé en 2011) il s’agit d’un «concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire.»

    Selon la recommandation ISO 26 000: c’est la «responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et de ses activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement transparent et éthique qui :

    -  contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société,

    -  prend en compte les attentes des parties prenantes,

    -   respecte les lois en vigueur et est compatible avec les normes internationales,

    -   est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations.»

    L’ISO 26 000 aborde la question de la RSE selon sept axes principaux :

    -          la gouvernance de la structure

    -          les droits de l’humain

    -          les conditions et relations de travail

    -          la responsabilité environnementale

    -          la loyauté des pratiques

    -          les questions relatives au consommateur et à la protection du consommateur

    -          les communautés et le développement local.

    Quant à l’investisseur socialement responsable (ISR), il investit par définition dans des entreprises ayant des pratiques et des ambitions RSE (triple bottom line), en général en se référant à des critères d’évaluation ESG (environnemental- sociétal- gouvernance).

    On discerne d’entrée de jeu les clivages qui traversent les différentes approches de la RSE :

    -          déontologie et conformité à des standards (par exemple aux attentes du développement durable et à des normes qui se veulent universelles), dans une démarche de progrès continu ;

    -          responsabilité et valeurs, avec la notion d’entreprise responsable sur une base volontaire et selon des critères qui ne sont pas nécessairement universels et explicites ;

    -          utilitarisme et conséquentialisme (évaluer ses comportements et ses actes en fonction des conséquences).

    Les trois éclairages ne s’excluent pas mutuellement, mais selon les approches l’un prévaut sur les deux autres.

    Mercure, messager des dieux, dieu du commerce (© musée Vivant Denon de Chalon sur Saône)

     

    1/ La source «Développement durable» (DD)

    L’idée selon laquelle nous avons des devoirs vis-à-vis des générations futures est tout sauf nouvelle ; de même que celle selon laquelle nous héritons d’une Terre occupée et travaillée, pour le meilleur et pour le pire, par les générations qui nous ont précédés. Le lien entre les deux s’appelle la Tradition (tradere = transmettre). Il suffit pour s’en convaincre de contempler un paysage, dont pas un mètre carré n’a échappé au travail humain (haies, restanques etc.), ou bien des monuments ayant résisté aux outrages du temps. Aujourd’hui encore, éviter de faire peser (en vivant à crédit) sur la tête d’un nouveau-né, dès son premier souffle, un endettement qu’une vie entière ne suffira pas à éponger, reste une préoccupation majeure, sinon de nos gouvernants ou des puissances financières dont ils subissent l’influence croissante, du moins de la plupart d’entre nous. Mais cette notion de responsabilité envers les générations futures a été formalisée magistralement par Hans Jonas dans son «Principe Responsabilité », 1979, qui, soit dit en passant, voulait faire  pièce au «Principe Espérance» d’Ernst Bloch (paru en RDA entre 1954 et 1959).

    Le célèbre Rapport Bruntland 1987 reprend cette idée et commence à la transformer en action politique : «Le développement durable doit permettre de satisfaire aux besoins du présent sans remettre en cause la capacité des générations futures à satisfaire les leurs» (Gro Harlem Brundtland, rapport à l'Assemblée Générale des Nations Unies, 1987). Transposé dans le contexte de l'entreprise, le concept de développement durable se réfère à la façon dont celle-ci intègre les préoccupations environnementales, sociales/sociétales et économiques à ses valeurs, à sa culture, à sa stratégie et à ses activités par un comportement transparent et responsable. Noter que la notion de développement durable est lourde de présupposés : elle remplace la notion de progrès, désormais suspecte, par celle de développement, et estime que l’espèce humaine est capable d’organiser durablement son futur. On peut y voir aussi une réaction forte à l’inversion perverse du capitalisme financier, où l’argent va aux entreprises potentiellement rentables, qui stimulent l’appétit de consommation sans nécessairement satisfaire correctement les besoins fondamentaux.

    De là, l’image des trois cercles harmonieusement intersécants. Un coup d’œil sur quatre représentations différentes du même concept montre, même sans être un expert en psychologie cognitive, comment elles peuvent nous influencer : les présupposés véhiculés par ces quatre schémas (et il y en a bien d’autres) ne sont pas du tout les mêmes ! Nous avons traité ce sujet plus en profondeur dans un autre article.

            Il serait intéressant, au-delà des citations usuelles et rituelles de Jonas et Bruntland, de tenter de démêler l’écheveau des origines profondes de l’idéologie[1] du Développement durable (DD dans la suite) : deep ecology, partisans de la décroissance/frugalité heureuse, émules de Lovelock (mythe de Gaïa), mondialistes, opposants divers aux excès ravageurs du capitalisme mondialisé et ultralibéral, tenants d’une pratique traditionnelle multiséculaire et raisonnable de la relation de l’homme à la nature et à la société, partisans de la table rase faisant fi du passé et tournés pour 1000 ans vers un avenir radieux…D’autres ont mené cette analyse ardue, par exemple Mathieu Baudin dans «Le Développement durable, nouvelle idéologie du XXIème siècle ?», L’Harmattan 2009. Nous n’avons ni la place ni la compétence pour le faire ici. Une seule remarque : le nombre d’années nécessaire pour traduire de façon à peu près stable, après moult tâtonnements, «sustainable development» par «développement durable», comme la relative soudaineté de l’apparition massive et méthodique de ces deux mots, montrent que ce concept était tout sauf le prolongement naturel d’un courant de pensée européen et a fortiori français. Même si des Ellul, Charbonneau voire Rocard, avaient largement préparé le terrain.

    Dans ce courant « Développement durable » alimentant puissamment la RSE, on mentionnera par exemple :

    • John Elkington : «The Triple Bottom Line : People, Planet, Profit» 1998 et « Cannibals with Forks », Oxford 1997 ;
    • Ralph Estes : “ Tyranny of the bottom line- Why corporations make good people do bad things” (Berrett Koehler Publishers, San Francisco, 1995)
    • en France, outre les organismes d’évaluation, ou bien économiques ou financiers qui alignent la RSE sur le DD, on peut mentionner l’esprit des lois NRE 2002, Grenelle II 2012, transparence RSE 2012, décrets ISR de 2016,…

    Toujours est-il que l’allégeance explicite de la recommandation RSE dominante, l’ISO 26 000, au Développement durable, authentifie de dernier comme une des sources principales de la RSE. Ce serait vrai également de la norme SA 8000, ainsi que des approches d’investissement ESG (environnement, social, gouvernance) issues de l’UNPRI (principes de l’ONU pour un investissement responsable).

    Un lecteur fait remarquer qu'il est dommage de ne pas citer ici les 17 ODD (objectifs DD de l'ONU) de l'Agenda 2030 adoptés en 2015. Il a raison, omission réparée:  http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/

    A cette occasion les "3 P" (Peuple, Prospérité, Planète) sont devenus "5P" avec l'ajout de Paix & Partenariats.

     

    2/La source "Business Ethics & Corporate Social Responsibility"  

    Remontons maintenant un peu le temps. De Bowen comme de Clausewitz, on peut dire : «Souvent cité, rarement lu, encore plus rarement compris»[1]. C’est un peu méchant mais pas faux. L’auteur de ces lignes a lu Clausewitz, ce qui n’est pas très utile pour cet article, mais reconnaît n’avoir jamais lu intégralement Bowen et ne pas avoir l’intention de le faire, car il est arrivé à la RSE par d’autres chemins…dont on parle plus loin : la «3ème source». Le keynésien Howard G. Bowen, lorsqu’il rédigea en 1953 «Social responsibilities of the businessman» , sur commande du très protestant Federal Council of the Churches of Christ in America et sur financement de la Fondation Rockefeller [2], n’avait sans doute pas en tête les trois cercles du Développement durable, et n’avait pas lu Jonas, et pour cause. En revanche il est plus que probable qu’il avait lu Max Weber : «L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme» (1904 et 1905). Un point important : toujours selon Acquier et Gond  op. cit, la commande faite à Bowen s’intitulait: «L’éthique chrétienne et la vie économique».

    La définition que donne Bowen de la RSE est très claire, et a visiblement influencé celle qu’en donnent aussi bien le Livre Vert de l’Union européenne que l’ISO 26 000 : «obligations… to pursue those policies, to make those decisions,or follow those actions which are desirable in terms of objectives and values of our society

    Extrait du texte d’Acquier et Gond, AIMS 2005, cité en note 2

    On notera que Bowen parlait de la responsabilité d’un être humain («the business(wo)man») et non d’une entité juridique (l’entreprise). La nuance est de taille, elle a à voir directement avec la notion même de responsabilité et celle de personne morale, et les fondements du droit (civil et pénal) que tout chef d’établissement connaît bien : les épées de Damoclès qui sont suspendues au-dessus de sa tête n’ont rien de virtuel et, même si l’entreprise est solvable, la responsabilité pénale des dirigeants est de plus en plus recherchée. Mais cette digression nous mènerait trop loin, à un moment où la responsabilité pénale des robots est à l’étude.

    Le terme de RSE (responsabilité sociale/sociétale de l’entreprise) n’est pas autre chose que la traduction mot à mot de «CSR» (Corporate Social Responsibility). Avec la subtile nuance typiquement franco-française entre «social» et «sociétal», pour éviter que l’impact sur la société ne soit réduit au «dialogue social» monopolisé à une époque par les DRH (pardon, les responsables des richesses humaines).  Au fait, devant qui et au nom de quoi l’entreprise est-elle invitée à se comporter de façon responsable (autrement dit à pouvoir rendre des comptes, à répondre des actes de ceux qui la composent) ? Il y a là toute une éthique (pour ne pas dire une morale) implicite, voire une politique (au sens de l’art d’organiser la Cité). Ce qui nous fait dire dans un autre article que la RSE n’est pas une éthique, mais qu’elle est compatible avec bien des éthiques différentes.

    On citera parmi d’autres quelques auteurs anglo-saxons qui ont façonné la CSR avant ou surtout après Bowen :

    • Ronald Coase avec son article séminal «The nature of the Firm» 1937 ;
    • Archie B. Carroll avec «The pyramid of corporate social responsibility», Business Horizons, July-August 1991, pp 39-48, qui nous propose une représentation mentale tridimensionnelle, reposante après les contorsions neuronales auxquelles nous obligent les représentations planes déjà évoquées :

    • Michael Porter, dont on reparlera plus loin ;
    • Philip Kotler: «Good Works»,Wiley 2012 ;
    • Peter Drucker, notamment dans "The Essential Drucker", Harper, New York, 2008 : § Social Responsibilities of Management, p16/Chapitre 3 The purpose and objectives of business p18/ Social responsibilities objectives p37/Chapitre 5 Social impact and social problems p51 et "The Drucker Lectures", McGraw Hill, 2010 : 1971 p 49 : Politics & Economics of Environment, 1981- p 83 : Managing the increasing complexity of large  organisations » ;
    • Joseph Stiglitz (La grande désillusion 2002, Quand le capitalisme perd la tête 2003, Le triomphe de la cupidité, 2010 etc.), Jeremy Rifkin (La fin du travail 1995, La troisième révolution industrielle 2011 etc.), Amartya Sen (Un nouveau modèle économique 2003, L’idée de justice 2012, Ethique et économie 2012 etc.), entrent probablement davantage dans le courant « CSR » que dans le courant « DD » ;
    • La notion de « connaissance approfondie » de l’entreprise, chez le pape de la qualité et du progrès continu, Edward Deming, relève elle aussi du courant de la CSR bien plus que du DD ;
    • sans oublier la thèse extrême de Friedman, parfaitement cohérente avec sa vision ultra-libérale du capitalisme, et qui a le mérite de la franchise : « La responsabilité sociale de l’entreprise consiste à maximiser le profit de ses actionnaires, dans le respect des lois ».[3]

     

    3/ La théorie des Parties Prenantes, trame de la RSE

    D’une certaine manière, la théorie des parties prenantes (autrement dit les entités influençant l’entreprise ou influencées par elle : salariés, clients, actionnaires, associés, fournisseurs, partenaires, voisins, communes, territoires, communautés, réseaux, ONG etc.) est sous-jacente aussi bien à l’idéologie du Développement durable qu’à la RSE au sens Bowen et anglo-saxon du terme. Elle structure l’ISO 26 000, la SA 8000 et pratiquement toutes les méthodologies RSE. Le nom le plus connu est celui de Freeman 1984, mais on peut également citer Mitroff 1983 ; Freeman et Gilbert 1988,1992; Carroll 1984; Goodpaster 1991; Wicks, Gilbert et Freeman, 1994; Mitchell, Agle et Wood 1997 etc.  Le lecteur désireux d’approfondir les liens entre RSE et théorie des parties prenantes lira avec profit, par exemple :

    • Argandona IESE 1998 : «Parties prenantes et bien commun»
    • Allouche et Charpateau : «Ethique et parties prenantes, enjeux philosophiques», Vuibert 2012
    • Cazal, IAE Lille, 2009 ? : «RSE et théorie des parties prenantes, les impasses socio-politiques et économiques du contractualisme», qui est un des rares à s’être intéressé spécifiquement au lien entre ces deux sujets, pourtant évident factuellement, et aux limitations du contractualisme en la matière. La bibliographie de son article est précieuse.

    Notons que, si la théorie des parties prenantes paraît relever de l’évidence en 2017, elle est récente et, une fois encore, d’obédience anglo-saxonne et plus précisément nord-américaine. Ce qui, sans verser dans un incompréhensible et primaire anti-américanisme, ne peut qu’inciter à la prendre au sérieux mais avec prudence, au vu des effets dévastateurs des crises financières et économiques à répétition qui ont pris leur essor de l’autre côté de l’Atlantique. La théorie des parties prenantes suppose une vision politique, juridique et économique de la société, tout à fait respectable et typiquement nord-américaine, basée sur des relations contractuelles ou pseudo-contractuelles, à l’intérieur de l’entreprise[4] ou à l’extérieur.  D’autres visions sont tout à fait possibles et plausibles. Trois exemples :

    • l’économie et la société ont plutôt bien fonctionné jusques et y compris les années 70, sans la théorie des parties prenantes et sans fonctionner selon cette théorie (il serait trop long d’entrer ici dans la distinction entre les modèles d’entreprise basés sur des flux et ceux basés sur des structures)
    • la DSE (doctrine sociale de l’Eglise catholique, que nous abordons plus loin) propose une vision des relations entre les acteurs économiques basée sur les notions étroitement liées de bien commun, de subsidiarité et de corps intermédiaires, qui a fait ses preuves au moins autant que la théorie des parties prenantes
    • le capitalisme libéral (au sens raisonnable, celui de Hayek, pas celui de Friedman) se passe très bien de la notion de partie prenante.

    Une autre manifestation de la prégnance de l’approche par les parties prenantes est le développement de la notion de matérialité en RSE, qui classe les enjeux (RSE) de l’entreprise de façon matricielle, en fonction de leur impact sur l’activité de l’entreprise et de leur impact sur les parties prenantes (ou sur les attentes des parties prenantes). Dans la droite ligne des méthodes d'analyse stratégique BCG, McKinsey et autres SWOR (strong, weak, opportunities, risks).

     

     

    4/ La RSE, une religion avec trop de prêtres ?

    Avant d’aborder la «3ème source  de la RSE», qui est précisément celle de la DSE (doctrine sociale de l’Eglise catholique), et à titre de transition, on notera que la position de Michael Porter, pape de la stratégie d’entreprise nord-américaine s’il en fut, a considérablement évolué au fil du temps : son article «CSR, a religion with too many priests» , dans EBF (European Business Forum) Issue 15, automne 2003,  a cédé la place à :

    • « Redefining CSR, your company can do good and still do well», Harvard Business Review,12/2006, avec M. Kramer ;   The Link between Competitive Advantage and CSR, The Competitive Advantage of Corporate Philanthropy…
    • « Measuring Shared Value , How to Unlock Value by Linking Social and Business Results», FSG, 2011, avec Hills, Pfitzer,Patscheke, Hawkins
    • « Creating shared value», avec M. Kramer, HBR 01-02/2011

     

    Peut-être Porter continue-t-il à trouver qu’il y a trop de gourous et de dogmes dans la RSE, voire de rituels, mais il n’en conteste pas le bien-fondé et l’a repeinte aux couleurs du portérisme (intrants, extrants, matrices et avantage concurrentiel, chaîne de la valeur etc.)

     

    5/ La source "DSE (Doctrine sociale de l’Eglise catholique)" : une RSE avant l’heure

    Remontons encore le temps (DD= fin du XXème siècle, CSR = milieu du XXème siècle). Qu’est-ce que la DSE ? C’est l’application de la vision du monde catholique, issue de l’Evangile, à la vie sociale notamment économique. En d’autres termes, la DSE relève de la théologie morale, c’est une éthique appliquée. Elle inclut l’enseignement direct de Jésus-Christ (par exemple «Recherchez le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît», Mt 6,33 ; ou bien «Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’Argent», Mt 6,24), et l’enseignement de l’Eglise à travers les siècles. Le monachisme européen, bénédictin ou cistercien par exemple, et son influence sur la société en est une illustration (dans les domaines économique, social et environnemental ; on est donc en pleine RSE de facto). L’enseignement en question a constamment traité de questions contemporaines, comme l’écrit Benoît XVI dans Caritas in Veritate,12 : «La doctrine sociale de l’Eglise éclaire d’une lumière qui ne change pas les problèmes toujours nouveaux qui surgissent.» Elle l’a souvent fait en avance sur son temps :

    • ce sont les Franciscains et les Dominicains, dans une moindre mesure les Jésuites (ils se sont rattrapés depuis), qui ont apporté le cadre intellectuel (et moral) nécessaire à l’essor du système bancaire à la fin du Moyen Age, en Italie notamment, au moment de l'éclosion de la comptabilité en partie double ;
    • les garde-fous à l’usure, les notions de justice commutative et distributive, de juste prix, de juste salaire, etc. viennent en droite ligne de la Somme Théologique de saint Thomas d’Aquin, qui lui-même est allé les chercher dans l’Ecriture et les Pères de l’Eglise ainsi que dans Aristote ;
    • Benoît XIV publie en 1745 l’encyclique Vix Pervenit sur les Contrats ; encyclique encore d’une étonnante actualité car elle pousse à l’investissement socialement responsable (ISR) via l’affectio societatis, plutôt qu’au prêt d’argent et donc à l’usure! C'était au moment du "laissez faire, laissez passer"; La Richesse des Nations d'Adam Smith (qui comme chacun sait était d'abord un moraliste) date de 1776;
    • Léon XIII en 1891 (encyclique Rerum Novarum) intervient en faveur de la condition ouvrière, tout en récusant radicalement le socialisme (qui ne s’appelle pas encore communisme) et en fustigeant les excès du capitalisme. A part Marx et Zola, on trouve assez peu d’interventions de ce calibre intellectuel à cette époque ;
    • Pie XI quarante ans plus tard, en 1931 dans Quadragesimo Anno, réagit à la crise de 1929, à laquelle font écho les crises financières du XXIème siècle notamment celle des subprimes;
    • Pie XII, pape de 1939 à 1958, a établi un corpus d'une grande utilité et d'une grande sûreté, à travers divers écrits, communications, messages radiophoniques etc. mais n'a malheureusement pas laissé d'encycliques sociales; l'époque ne s'y prêtait probablement pas;
    • saint Jean-Paul II (Laborem Exercens 1981, Sollicitudo Rei Socialis 1987,Centesimus Annus 1991) a été particulièrement prolixe sur le sens du travail et les garde-fous à mettre à un capitalisme triomphant du socialisme soviétique (à la chute duquel ce pape n’est pas étranger) ;
    • Benoît XVI (Caritas in Veritate, 2005) réagit aux excès du capitalisme sauvage et aussi à  une pseudo-éthique des affaires qui masque d’autres pratiques moins avouables; il a largement développé la pensée de son prédécesseur sur les questions d’environnement, notamment dans son discours au Bundestag en 2011 ;
    • Laudato ‘Si du pape François se passe de commentaires du fait de son actualité, et est bien davantage qu’une encyclique «écologique». Il remet en perspective et unifie les dimensions spirituelle, sociétale, environnementale et économique, et tout simplement humaine, des enjeux planétaires, en les basant sur des valeurs morales et sur l'Evangile.

    Gildas Barbot dans «L’éclairage de la doctrine sociale de l’Église sur le concept de responsabilité sociale de l’entreprise»[5] arrive à la conclusion selon laquelle «on peut dire que la DSE depuis Léon XIII … a précédé la RSE et en a jeté des bases ».

    Bournois et Bourion, dans «Repenser la RSE»[6] font la part belle au rôle précurseur de la DSE et des "patrons sociaux chrétiens", au sein d’une analyse universitaire qui dépasse largement l’approche catholique et n’a pas de raison particulière de la cautionner a priori. Ce qu’on appelle le «catholicisme social» a connu son apogée dans le domaine économique avec des Léon Harmel, Philibert Vrau, René de la Tour du Pin, etc. qui ont mis leurs convictions et la doctrine sociale de l’Eglise en pratique, du moins localement (ça se passait en plein affrontement entre la République et l’Eglise, dont on connaît l’issue sous Jules Ferry et en 1905). Ils font partie de ceux qui ont permis la fin du travail de nuit pour les femmes, la journée de dix heures seulement, le respect du repos dominical (évidemment), la création de sociétés de logements ouvriers, d’écoles pour les enfants des ouvriers, la création des premières caisses de chômage et de retraite…Notons qu’ils n'ont fait que ressusciter des pratiques des corporations médiévales. La tradition du catholicisme social s’est poursuivie, plus discrètement, jusqu’à un François Michelin, last but not least. Elle n’a certainement pas dit son dernier mot. Parallèlement, les «patrons sociaux» protestants n’ont pas manqué, même si la notion de doctrine n’a par définition pas de sens dans la sphère protestante.

    Nombre d’auteurs ou de praticiens, d’Anselm Grün à Emmanuel Faber en passant par les moines de Saint-Wandrille ou de Ganagobie, ont transposé, en général avec bonheur mais dans certaines limites, la Règle de saint Benoît à la gouvernance et au management de l’entreprise.

        Cloître de l’abbaye bénédictine Saint-Wandrille de Fontenelle (76)

     

    Les piliers de la DSE sont pour l’essentiel les notions suivantes :

    • tout pouvoir vient de Dieu (y compris celui de César) ; l’homme n’est pas sa propre cause ni sa propre loi ; la société devrait être organisée en conséquence ; l’homme est fait (naturellement, pas contractuellement) pour vivre en société ;
    • la dignité de la personne humaine quelle qu’elle soit (dignité qui tient à sa vocation divine) ;
    • la notion de bien commun, supérieur au bien particulier mais servant néanmoins celui-ci (ne pas confondre svp avec l’intérêt général qui est toujours le résultat d’un calcul) ;
    • la subsidiarité (ne pas confondre svp avec la subsidiarité à l’envers de l’Union Européenne) ;
    • la justice sociale (distributive et commutative) ;
    • le principe de solidarité ;
    • la légitimité de la propriété privée dès lors qu’elle est encadrée par le principe de destination universelle des biens (en d’autres termes on doit se comporter comme des gérants et non des propriétaires) ;
    • les notions de juste salaire, de juste prix etc.

    La DSE reprend la distinction fondamentale clarifiée par Aristote, entre chrématistique (l’art de s’enrichir toujours plus, vécu comme but principal de l’existence) et économie (qui est une éthique d’utilisation de ressources limitées pour satisfaire aux besoins nécessaires à une vie bonne et tournée vers le développement de la personne).

    On peut donc affirmer que la responsabilité sociale de l’entreprise, selon la DSE, est d’agir librement selon les principes ci-dessus, dans le domaine qui la concerne. On notera que la réponse à ce genre de question allait de soi lorsque les entreprises étaient considérées comme des corps intermédiaires au service du bien commun, dans ce qui s'appelait la Chrétienté. Le rôle et la responsabilité sociale du groupe humain rassemblé par une activité économique (la notion d’entreprise n’existait pas) allaient de soi. La RSE ne serait-elle pas par hasard un palliatif à la disparition de la notion de corps intermédiaires et de corporations, organisée méthodiquement et irréversiblement par la Révolution française (lois d’Allarde et Le Chapelier)? Les lecteurs intéressés pourront se reporter à notre synthèse de la question dans http://www.aecfrance.fr/le-christianisme-est-il-a-l-origine-du-capitalisme-6-la-question-des-c-a132633966

    Il est plaisant de signaler pour conclure ce paragraphe, qu’un expert de la DSE, Michaël Novak (+ 2017) a jugé utile de publier « The Catholic Ethics and the Spirit of Capitalism », Free Press, McMillan 1993, pour faire contrepoint– à juste titre et de façon tout aussi étayée- à l’ouvrage de Max Weber déjà cité. Il faut bien reconnaître qu’il n’a pas atteint la même notoriété. Novak avait entre autres inspiré Centesimus Annus de Jean-Paul II, selon une « tradition » par laquelle les papes consultent des praticiens du monde économique et cherchent à le comprendre avant de rédiger leurs encycliques sociales, selon l’heureuse formule de Benoît XVI citée plus haut.

    Le lecteur désireux d’approfondir la doctrine sociale de l’Eglise catholique pourra se procurer le Compendium illustré ci-dessous (2005) ; la lecture des encycliques dites « sociales » est tout aussi instructive, quoique moins commode et plus laborieuse.

     

    Synthèse : la RSE, carrefour des malentendus ou ultime bouée de sauvetage du capitalisme sauvage ?

    • L’idée selon laquelle l’entreprise a un rôle et une responsabilité sociales (sociétales) est aussi ancienne que la notion de société, même si le mot « entreprise » au sens moderne n’existait pas encore[7]. C’est la nature de ce rôle, de cette responsabilité et la nature même de la société (celle de Rousseau n’est pas celle d’Aristote ou de Tocqueville, ni celle du Pape François), qui peuvent fondamentalement différer. Les crises à répétition : financières et économiques, ainsi qu’humaines et environnementales, depuis les années 80, ont conduit à remettre sur le devant de la scène l’influence et la responsabilité des entreprises, notamment des multinationales. La responsabilité sociétale des puissances financières, notamment des banques mais aussi des fonds de pension, est traitée avec moins de rigueur. Qui parle de «responsabilité sociétale des organismes financiers» ? L’ISR (investissement socialement responsable), l’UNPRI (United Nations Principles for Responsible Investment), le filtrage ESG en due diligence (Environnement, Sociétal, Gouvernance) sont utiles mais pariera-t-on sur leur extension à l’ensemble de la sphère financière ?

     

    • De façon plus nuancée que nous, Garriga et Melè dans « Corporate Social Responsibility Theory : mapping the territory », Journal of Business Ethics 53, 51-71, 2004, distinguent quatre grands courants (en réalité six) dans la RSE:

    - instrumentaux : Friedman emblème du libéralisme- ; Jensen auteur de la théorie de l’agence ; Porter & Kramer, Hart avec la théorie de la «ressource based firm» ;

    -  politique ;

    - intégratif (Carroll et sa pyramide…) ;

    - éthiques (Freeman et les parties prenantes, Développement durable, Bien commun, Droits de l’homme).

    Nous en resterons cependant à notre trilogie, qui nous semble plus proche de la réalité perçue au quotidien 2017 quand on se penche sur les publications et les actions dans le domaine de la RSE.  La classification de Garriga et Melè peut d’ailleurs se raccorder à celle que nous proposons.

    • Comme toute classification, cette «théorie des 3 sources» est réductrice et simplificatrice : elle ignore les mille affluents «off mainstream» issus d’initiatives individuelles motivées par le bon sens, la recherche du bien commun et une résistance au-dessus de la moyenne à la fascination du profit. Nous passons également sous silence les visions et pratiques issues :
    • du bouddhisme (l’ouvrage de Schumacher « Small is beautiful » (1973), qui compte parmi les textes de référence de la RSE, est issu de l’observation du bouddhisme ; les ouvrages d’éthique des affaires se réclamant du bouddhisme sont légion),
    • du monachisme occidental,
    • de différents courants philosophiques et politiques, notamment des altercapitalistes et des tenants de la décroissance.

    La vision de la société et de l’entreprise au Japon ou en Inde n’est pas non plus vraiment congruente avec les approches occidentales que nous venons de survoler (même si l’empreinte morale du catholicisme donc de la DSE est devenue mondiale au fil du temps, comme, plus récemment, celle du capitalisme matérialiste et financier). Ces civilisations ont développé des capitalismes et des principes de RSE qui ne sont pas réductibles à ceux que nous avons décrits parce qu’ils s’inscrivent dans des systèmes sociétaux différents. Idem pour la finance islamique.

    • Il serait injuste également de méconnaître la pensée européenne (notamment britannique, allemande et… française) qui a réussi à exister malgré le raz-de-marée étatsunien de la CSR et onusien du DD. Elle s’est manifestée davantage sous forme d’études universitaires que sous forme d’ouvrages « grand public » du type de celui de Bowen. Octave Gélinier en est un des représentants. Le célèbre discours d’Antoine Riboud au CNPF à Marseille en 1972 : «Le double projet de l’entreprise  [économique et social] » rentre exactement dans cette logique. On sait comment cette approche de la RSE a été développée ensuite par Franck Riboud puis par Emmanuel Faber à la tête de Danone. On pourrait citer aussi, à titre d’exemples : «La SOSE (Société à objet social étendu), un nouveau statut pour l’entreprise», de Segrestin, Levillain, Vernac et Hatchuel, collectif des Bernardins, Paris, Presse des Mines, collection Economie et Gestion, 2015 ; ou encore Olivier Pinot de Villechenon, «La Société de capitalisme solidaire, instrument du bien commun», Presses universitaires de l’IPC, 2017.
    • Les eaux des trois courants se mélangent en grande partie, tant qu’il n’est pas question d’éthique (appliquée et encore moins générale). La définition de l’ISO 26 000 est tautologique quant à l’éthique : être éthique consiste à se comporter selon les recommandations de l’ISO 26 000 (voir la définition dans l’introduction de cet article). Autrement dit la RSE selon le Développement durable ou selon l’ISO 26 000 est compatible avec toute éthique qui ne contrevient pas aux standards définis par ces approches. Ce qui laisse pas mal de place. Est implicitement bien ce qui est conforme à la loi et aux réglementations en vigueur, ainsi qu’aux recommandations RSE, est mauvais ce qui ne l’est pas. Les réponses à la question « Quoi faire pour bien faire » ne manquent pas (au point de sombrer parfois dans le «box ticking») mais le pourquoi de ces réponses n’apparaît que très rarement. Du coup la notion de « bien commun » qui est centrale dans la DSE n’est pas explicitée dans les autres approches. De même que le rôle social de l’entreprise, autrement dit sa raison d’être. Cela a l’avantage de pouvoir s’adapter à des hiérarchies de valeurs multiples ; mais l’inconvénient de laisser des zones d’ambiguïté créatrices de quiproquo ou pas vraiment motivantes (voir par exemple certaines chartes des valeurs).
    • Les anthropologies sous-jacentes aux trois courants DD, CSR et DSE ne sont pas nécessairement les mêmes: notion de personne, principes d’action des personnes, hiérarchie des valeurs, relation au monde. La relation de l’être humain à la nature qui l’entoure n’est pas perçue de la même façon.

     

    • Enfin, la finalité de l’économie est explicite dans la DSE, implicite dans le DD et la CSR. Dans la DSE (qui n’a pas le monopole de cette définition), la finance doit soutenir l’activité des entreprises, qui sont là pour fournir des produits et des services dont les gens ont vraiment besoin. Le système actuel fonctionne à l’envers : les capitaux vont à ce qui est rentable (ou générateur de plus-value) à court terme, et les entités constituant la société (personnes, familles, corps intermédiaires divers) sont poussés à consommer ce que les entreprises produisent. Cela, le DD et la CSR ne le montrent pas assez explicitement.

     

    • Le terrain éthique sur lequel se retrouvent les trois courants est ce qu’on appelle la loi naturelle. Elle traverse toutes les cultures et toutes les civilisations selon une dizaine de principes, positifs ou négatifs, reconnus comme intangibles. Ces principes sont connus sous la forme des Dix Commandements dans le monde judéo-chrétien ; si l’on prend la peine de s’y pencher, on les retrouve dans le confucianisme, l’Islam, le bouddhisme etc. (ou des visions non-confessionnelles comme celle de Kant, McIntyre, Moore et bien d’autres) sous des formes en général assez proches. Voire même dans le Décalogue de l’ONU. La «Règle d’Or» en est l’exemple canonique, dans ses versions positive («fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse», dont un avatar récent et impersonnel est «sois au monde ce que tu voudrais qu’il soit pour toi») et négative (« ne fais pas aux autres etc. », dont un avatar récent est la morale minimaliste (ne pas nuire aux autres, éventuellement se nuire à soi-même si l’on ne nuit pas aux autres ce faisant : et, encore mieux, faire le bien quand c’est possible- cf. par exemple Ruwe Ogien[8]).

     

    • On conclura en disant que l’ordre d’ancienneté chronologique (DSE puis CSR puis DD) conduit à des RSE et à des pratiques compatibles entre elles, mais éclairées par des principes différents: spirituels et politiques dans le cas de la DSE, moraux dans le cas de la CSR, pratiques et moralement neutres (si la neutralité existe dans ce domaine) dans le cas du Développement durable. Les fondements contractualistes de la théorie des parties prenantes imprégnant la CSR et le DD sont difficiles à concilier avec la vision de la société véhiculée aussi bien par la DSE que par la politique au sens aristotélicien du terme : l’être humain, animal (et bien plus qu’animal) social par excellence, recherche et obtient son bien particulier par une adhésion libre au bien commun. L’agir individuel trouve alors sa place dans l’agir collectif, comme le dit Bowen en parlant de responsabilité sociale des personnes et non des organisations.

     Brésil-Argentine : chutes d’Iguazu_ https://www.worldwaterfalldatabase.com/index.php

     

    [1] Raymond Aron : «Penser la guerre, Clausewitz», NRF Gallimard

    [2] On lira avec profit l’article d’Acquier et Gond, «Aux sources de la RSE, (re)lecture et analyse d’un ouvrage fondateur « Social Responsibilities of the businessman », 1953, Mines de Paris et Université de Toulouse, Angers 2005 : http://www.strategie-aims.com/events/conferences/9-xiveme-conference-de-l-aims/communications/716-aux-sources-de-la-responsabilite-sociale-de-lentreprise-re-lecture-et-analyse-dun-ouvrage-fondateur-social-responsibilities-of-the-businessman-dhoward-bowen-1953/download

    [3] Milton Friedman, NYT Magazine, 13/09/1970 : «The Social Responsibility of Business is to Increase its Profits».   «… in a free society… there is one and only one social responsibility of business – to use its ressources and engage in activities designed to increase its profits so long as it stays within the rules of the game, which is to say, engages in open and free competition without deception of fraud.» Juste avant Friedman qualifie la RSE (CSR) de « doctrine fondamentalement subversive», ce qui résume bien son article (la RSE débouche selon lui inéluctablement sur le collectivisme : les mécanismes politiques, et non les mécanismes du marché, déterminent alors l’allocation des ressources). A l’opposé, Drucker gourou du management des années 1980 à 2000, a toujours considéré que l’entreprise avait une responsabilité sociale inséparable de son obligation d’être profitable. Pour Drucker, la rentabilité est la première responsabilité de l’entreprise, mais certainement pas la seule.

    [4] Voir notamment Donaldson et Dunfee « Toward a unified conception of business ethics : Integrative social contracts theory », Academy of Management Review 19(2), 1994

    [5]Clersé, Université de Lille1 (2006 ?) :

    [6] «Repenser la RSE», non daté : http://cbourion.free.fr/Articles%20sur%20site/Repenser%20la%20RSE.pdf

    [7] D’après Segrestin & Hatchuel, « Refonder l’entreprise », Seuil, République des idées, 2012, le mot « entreprise » ne commence à désigner une entité, et non une activité ou une aventure, ou un contrat, que vers 1857 et, massivement, à la toute fin du XIXème siècle. Ce que corrobore Michel Drancourt dans ses « Leçons d’histoire sur l’Entreprise de l’Antiquité à nos jours », PUF, Major, 1998.

    [8] Ruwe Ogien (+2017) ; par exemple dans : «L'Éthique aujourd'hui : maximalistes et minimalistes», Paris, Gallimard, 2007

     

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