• Que faire de Laudato si'? (dans l'entreprise)

    Que faire de Laudato si'? (dans l'entreprise)

     "La joie de l'âme réside dans l'action." (maréchal Lyautey, chambre de commerce de Lyon, 29 février 1916)

     

    La question abordée ici se situe à un niveau quotidien de l'économie – l’économie réelle ou l’économie d’en-bas, comme on voudra - dont les acteurs, pendant que les sommets mondiaux ou mondialistes statuent sur le sort du monde, peuvent se demander comment faire mieux que par le passé en matière de RSE (responsabilité sociétale des entreprises), piqués au vif par la philippique pontificale, qui n’est pas tendre avec les entreprises, de préférence dans l’hémisphère Nord.

    En effet, il est maintenant inutile d'ajouter quoi que ce soit au torrent de louanges, de critiques, d'analyses et d'exégèses de tous bords qu'a déchaîné la publication avant l’été de l'encyclique Laudato si'. La COP 21 et autres rassemblements planétaires consacrés à l'environnement plus ou moins intégral, se chargeront de relancer la discussion et de "transformer l'essai", si toutefois les acclamations des ténors mondiaux ou hexagonaux sont davantage que des marques d'un intérêt poli mais en réalité indifférent. La réponse est pour bientôt. Ou peut-être la façon dont tourne le monde entraînera-t-elle la meute dans d'autres directions, avant de revenir. Stat Crux dum volvitur orbis...

    Il est possible que les prochains sommets, contrairement à d’autres dans le passé, débouchent sur des orientations concrètes, salutaires et déclinables dans l’industrie (Global Compact, consécutif au somme de Rio, est me semble-t-il un exemple positif ; de même, avec discernement, la méthodologie UNPRI du GRI – pardon pour la siglomanie- dont on parlera plus bas). Si ces nouvelles ou meilleures orientations prennent en compte au moins la partie temporelle de l’encyclique, il ne s’agira plus que de mettre en pratique. Pour la partie spirituelle, le saint Père laisse une certaine latitude aux fidèles quant à la manière d’opérer la conversion écologique – on peut penser que la conversion écologique ne détourne pas de la conversion au Christ -. On y reviendra plus bas.

    La prudence veut cependant qu’on envisage l’hypothèse où les retombées des prochains sommets n’auraient qu’un lointain rapport avec les exhortations de Laudato si’. Il est prévisible que l’ organisation mondiale contraignante (que le pape, comme ses prédécesseurs, appelle de ses vœux, ne faisant en cela que suivre le mouvement) sera subordonnée non pas au Christ mais aux puissances de ce monde. Il sera alors bon pour un acteur catholique de l’économie, d’avoir quelques guides pratiques, en attendant une mise à jour du Compendium de la DSE pour ce qui concerne l’écologie.

    1/ L’état de l’art- la boîte à outils

    Que faire de Laudato si'? (dans l'entreprise)

     

    1.1 L’arsenal des bonnes pratiques en matière de DD (développement durable) et de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) couvre une bonne partie des sujets abordés par le pape François. On citera brièvement et chronologiquement :

    • la norme (auditable) SA 8000 (fin des années 90, révisée en 2008 et 2014)
    • l’initiative Global Compact (2000)
    • la création du FIR, Forum pour l’investissement responsable) (2001)
    • en France création de Novethic et Vigeo en 2001 et 2002 ; Ethifinance en 2004 etc.
    • en France toujours, les lois NRE (2002), les Grenelle I et II de l’environnement (2007 et 2012)
    • les Principes de l’Equateur pour l’investissement bancaire international (2003)
    • l’initiative UNPRI, United Nations Principles for Responsible Investment (2005)
    • la recommandation ISO 26000 (2010),

    ainsi que le développement depuis les années 2000 de l’ISR (investissement sociétalement responsable) et des critères d’évaluation extra-financiers des entreprises, ESG (environnemental, sociétal et gouvernance). Et bien d’autres encore, y compris dans la gouvernance (AFEP-MEDEF, Middlenext) ainsi que dans la finance explicitement chrétienne voire catholique.

    Il n’est pas question de détailler tous les critères et principes figurant dans ces documents et de plus en plus largement mise en œuvre. On se contentera ici d’affirmer, pour les avoir étudiés en détail, qu’on y trouve dans un langage humaniste tous les points de vigilance, les orientations et garde-fous visant, dans le la stratégie comme dans le quotidien des financiers et des entreprises, à orienter l’économie et la finance vers une meilleure prise en compte de l’être humain et de l’environnement et des pratiques plus équitables et respectueuses du droit. La «boîte à outils» et les instruments de mesure sont donc bel et bien en place. Pour ce qui concerne de la gouvernance, le développement de la «soft law» est spectaculaire.

    Mais si on juge l’arbre à ses fruits, le sombre diagnostic de Laudato si’ sur l’immoralité de l’économie occidentale (sans parler des autres), tant au plan humain qu’environnemental, conduirait logiquement à conclure que ces pratiques ne sont pas si bonnes, ou du moins qu’elles ne sont pas correctement et sincèrement mises en œuvre. Il paraît à peu près évident que c’est la mise en œuvre qui pèche. Soit parce qu’elle manque d’énergie, soit parce qu’elle est mal orientée, soit parce qu’elle est menée dans un esprit qui n’est pas le bon, d’où l’appel du pape François à une «conversion écologique».

    1.2 Avant d’en venir à l’action individuelle du lecteur catholique de l’encyclique, on notera que plusieurs des recommandations du Pape concernent l’ordre international :

    - la problématique de la gestion de l’eau (§31) (sans nier l’obligation d’être individuellement économe)

    - l’absence d’un cadre normatif et régulateur contraignant dans le domaine DD et RSE (§173)

    - une autorité mondiale dotée de pouvoirs de sanction (§175) – repris de Benoît XVI (pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires)

    - un rôle majeur confié à la diplomatie (§175)

    - l’application systématique du principe de précaution (§186).

    On verra donc bientôt quel sort leur est réservé dans les cénacles onusiens.

    2/ Individuellement dans l’entreprise, « que faire ? » (comme disait Lénine)

    2.1 Prier pour la conversion de tous, à commencer par la sienne propre, est évidemment la première des urgences. On nous permettra de penser que la conversion au Christ (saint Marc 8,34) entraîne ipso facto une saine conversion écologique, parmi bien d’autres heureuses conséquences. Donc autant prier et agir pour celle-là en priorité.

    Que faire de Laudato si'? (dans l'entreprise)2.2 Il semble bien que pour ce qui est de l’action, le domaine de l’écologie relève des modalités usuelles de l’action catholique telle que les papes ont pu la spécifier au fil du temps et des enjeux du moment.

    Au niveau individuel, dirigeant ou collaborateur/trice, l’attitude juste écologiquement découle de l’attitude juste chrétiennement (y compris les recommandations de sobriété) qui elle-même s’appuiera sur la doctrine sociale de l’Eglise. A ce niveau, l’action ressortit également, de personne à personne, à la capillarité chère à Jean Ousset.

    Une autre voie, surfant sur la bienveillance qui entoure la notion d’économie sociale et solidaire (loi du 31 juillet 2014 dite loi Hamon etc.), pourrait passer par le développement d’entreprises (et de fonds d’investissements) de type coopératif (sur le modèle de Montdragon, fondée par l’abbé José María Arizmendiarrieta en 1956) ou de l’économie de communion issue du mouvement Focolari. On peut douter que ce type d’entreprise dépasse jamais une proportion minoritaire de l’économie.

    Les «corps intermédiaires», confédérations professionnelles, entreprises de taille intermédiaire etc. ont certainement aussi un rôle à jouer, mais là non plus, ce niveau d’action n’est pas propre à la seule préoccupation écologique.

                    Sans préjuger de ce que nos pasteurs nous enseigneront sur ce sujet , on peut donc penser qu’ on fera droit à Laudato si’ , en mettant en œuvre de son mieux (c'est-à-dire selon les quatre vertus cardinales) la doctrine sociale de l’Eglise et ses quatre ou cinq principes de base, dans le domaine de l’écologie planétaire et humaine comme dans tous les autres, et en utilisant dans cet esprit les voies et moyens rappelés au point 1/ « boîte à outils ». Même s’ils ont été conçus et développés la plupart du temps dans un esprit plus anthropocentriste et naturaliste que catholique.

    Il reste à espérer que ce progrès venu du bas rencontre, à mi-chemin, c’est-à-dire les entreprises et organismes financiers de taille nationale ou internationale, ce qui descendra des délibérations mondialistes. C’est une question de personnes, au bon endroit au bon moment. La radicale incompatibilité entre Dieu et Mammon, entre le Christ et Bélial, peut en faire douter ; ce n’est pas une raison pour sombrer dans le quiétisme et se dispenser d’agir, dès lors que l’écologisme et la maison commune ne deviennent pas une nouvelle idole.

    2.3 C’est peut-être finalement pour les lecteurs de l’encyclique n’appartenant pas à l’Eglise que la notion de «conversion écologique» pose le plus un problème : car s’ils peuvent piocher ça et là dans Laudato si’ des pratiques utiles ou des vues pertinentes sur le monde tel qu’il ne va pas (merci Chesterton), ils ne peuvent par définition subsumer la «conversion écologique» sous la conversion tout court, sauf si la lecture de Laudato si’ est l’occasion d’une rencontre décisive avec le Christ.

    Laurent Barthélemy, 15 octobre 2015

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