• Retraites : comment éviter le chaos ?

    Mon article avait été publié le 2 avril 1997 dans Les Échos. Nous sommes vingt ans après...

    Depuis l'origine des régimes de retraite, le système dit « par répartition » a été opposé à celui dit « par capitalisation ». Dans le premier, les cotisations des actifs servent à payer les pensions des retraités. Dans le second, ces pensions sont payées en prélevant sur les sommes épargnées chaque mois par le bénéficiaire lorsqu'il était en activité.

    Retraites : comment éviter le chaos ?

     

    La faillite des régimes actuels, basés essentiellement sur le principe de la répartition, est annoncée pour les années 2015 (date à laquelle il devrait y avoir 1,76 actif par retraité, au lieu de 2,24 actuellement ce chiffre devant même descendre à 1,0 en 2040). Sauf à baisser très sensiblement le taux de remplacement, qui est d'environ 0,70 actuellement (le taux de remplacement est le rapport entre les pensions versées annuellement à un retraité et son salaire annuel au moment de son départ à la retraite).

    Dans son livre, « L'État mensonger », Christian Saint-Étienne évalue à 500 milliards par an l'excès des sommes redistribuées aux retraités (sous forme de pensions de retraite ou de prestations maladie), compte tenu des cotisations versées par cette population. Ces 500 milliards, annuels feront défaut aux classes d'âge suivantes.

    Le libéral que je suis est, par ailleurs, choqué que l'âge de départ en retraite ne puisse être librement choisi par chacun, qu'il soit conducteur routier, fonctionnaire ou autre.

    Pour écarter les deux inconvénients précités (déséquilibre financier et caractère « dirigiste » de l’actuel régime de retraite), pourquoi serait-il impossible d'adopter un système de retraite mariant les principes de la répartition (pour le financement des retraites) et de la capitalisation (pour le calcul des pensions) ?

    Le financement ne peut, en effet, que continuer à être assuré par répartition, pour la raison bien simple que pratiquement aucune provision n'a été constituée sur les cotisations versées jusqu’à ce jour. La totalité, ou presque, des pensions actuellement versées ne peut donc l'être que grâce à l'argent déposé par les cotisants. Passer du jour au lendemain, pour le financement, de la répartition à la capitalisation signifierait que toute une génération ne percevrait soit aucune pension (cas de ceux arrivés à l'âge de la retraite avant d'avoir pu cotiser au régime de capitalisation), soit une pension modeste (cas de ceux n'ayant pu cotiser au nouveau régime que pendant une partie de leur vie active).

    Le mode de calcul peut, en revanche, être modifié. Actuellement, les pensions sont calculées en divisant les sommes versées sous forme de cotisations par le nombre de retraités. Alors qu'il faudrait calculer la pension annuelle de chaque retraité en divisant la somme des cotisations qu'il aura versées durant sa vie active par le nombre d'années lui restant statistiquement à vivre (son espérance de vie) au moment de son départ en retraite.

    Ce système permettrait à chacun :

    • de déterminer librement le niveau de ses cotisations ;
    • de choisir librement la date de son départ en retraite.

    Son équilibre ne serait pas remis en question par l'évolution démographique, contrairement à ce qui se passe actuellement.

    Il nous est conseillé par certains de compléter notre retraite en ajoutant un régime par capitalisation au régime actuel par répartition. C'est dans ce sens qu’une loi a été votée, permettant le développement des fonds de pension. Tout ceci tend à accréditer l'idée selon laquelle le développement des retraites par capitalisation permettrait de résoudre le problème posé par la faillite annoncée des régimes par répartition. Cette idée est évidemment un leurre ; le fait de cotiser à un régime par capitalisation, si j'en ai les moyens, ne changera rien au fait que mes cotisations au régime actuel m'auront été prélevées autoritairement et ne me seront que très partiellement restituées lorsque je serai à la retraite...

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 11 Janvier à 08:05

    cher Thierry, merci pour cet intéressant article et le courage de confronter les prévisions aux réalisations! La prédiction de 1997 s'est-elle effectivement réalisée en 2015: 1,76 actif pour 1 retraité? Des facteurs nouveaux (entre 1997 et 2015) ont pu venir changer la donne.

    Bien cordialement

     

    LB

      • Mercredi 25 Janvier à 00:26

        Cher Laurent,

        Merci pour ton fort aimable commentaire. J’ai tenté de faire la comparaison que tu suggères, entre les prévisions d’il y a 20 ans (je ne souviens plus où je les avais dénichées) et la réalité constatée, mais les chiffres trouvés sur Internet varient sensiblement selon les sources. Cela n’est pas bien grave, puisque ces données servaient surtout à faire comprendre ceci : l’évolution du ratio retraités / actifs, dans notre système essentiellement fondé sur la répartition, va inévitablement devenir intenable, parce que, depuis l’origine, les pensions servies à un retraité sont déconnectées des cotisations versées par lui pendant sa vie active. Je crois avoir compris, à l’occasion de mes recherches, deux raisons importantes de divergence des chiffres, selon les sources :

        ·         La population étudiée n’est pas toujours la même : parfois l’ensemble des Français, parfois telle ou telle catégorie, notamment ceux rattachés au régime général (d’après notre ami Jacques Bichot, il y a 36 régimes différents en France, comme celui de la SNCF, celui des salariés agricoles, celui des exploitants agricoles, celui des mines, etc.) ;

        ·         Pour les retraités, on compte parfois uniquement ceux qui perçoivent une pension correspondant à leur activité passée, et parfois également ceux qui bénéficient d’une pension de réversion après le décès de leur conjoint, ou ceux qui n’ont jamais travaillé et partagent la pension de leur conjoint.

        Voici donc quelques données trouvées par-ci, par-là :

        ·         Dans un article récent publié dans Le Point, Jacques Bichot écrit : « …le rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités a chuté de 2,12 en 2000 à 1,7 en 2010… ». Ces chiffres sont à peu près en ligne avec ceux de mon article de 1997.

        ·         Un document intitulé « Indicateur n° 21 de la CNAV : ratio cotisants / retraités de la CNAV » indique : « Le ratio cotisants/retraités de la CNAV rapporte l’effectif des cotisants du régime général à celui des retraités. Au 1er juillet 2012, en France métropolitaine, le nombre de retraités du régime général s’élève à 13,0 millions pour environ 18,3 millions de cotisants, soit un rapport de 1,39 cotisant pour un retraité (…) 1,54 en 1997 ». Pour l’ensemble des régimes de base, ce même ratio serait passé de 1,28 à 1,12, entre 2002 et 2012. Le cartouche final donne des précisions méthodologiques intéressantes. 

        ·         Ce document de la CNAV, publié en décembre 2014, indique que, pour les cotisants au régime général de la métropole,  le rapport démographique était de 1,3 à mi-2013.

        ·         Un document du COR, de décembre 2012, un article de Michel Godet publié par Le Monde en février 2010, ou des annales du bac de SES de 2013 complètent la réponse à ta question.

    2
    Jeudi 26 Janvier à 18:40

    cher Thierry

    merci pour cette analyse et les informations précises qui l'étayent. Cela répond largement à ma question.

    Bien cordialement

     

    LB

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